HUMAN NATURE

 

Le festival altitudes a donné carte blanche au musicien et batteur Grégoire Quartier. En compagnie de musiciens professionnels, il a réalisé une création musicale en lien avec les changements climatiques et la création du monde. «Une œuvre sonore résultant d'actions décomposées et recomposées. Avec des objets de tous les jours, les musiciens transmettent des sons symboliques. Dans cette musique du monde, l'homme fait progressivement son apparition et se développe. Une analogie se tisse : le rôle de chacun dans l'évolution de nos sociétés. Tout le monde est acteur, mais personne n'est responsable. Tout le monde voit le danger, mais personne n'agit parce que chacun veut profiter du monde à titre individuel. Tout le système tient parce que chacun est un bout de la chaîne. La chaîne existe parce que chacun est un maillon. Sans chaîne, pas de maillons. Sans maillons, pas de chaîne. Il en est de même pour les musiciens qui participent au spectacle.»

 

Grégoire Quartier évoque sa démarche :

 

«L’idée du spectacle est de proposer une vision de ce qui s’est fait avant l'homme, de ce qu'il a fait de son vivant et où je pense qu’il va aller par la suite. Une vision également de ce que cela représente dans l'univers. J’aimerais que les gens voient le spectacle comme dans une boule de cristal. Ils sont spectateurs, mais il n’y a pas de lien scénique entre le sujet qu’ils regardent et eux-même. Et, à la fin, c’est leur propre interprétation qui compte. Ce qu’ils ont tiré du spectacle, cela les regarde. Ce qu’ils font de leur monde, cela les regarde. Je propose mon monde introverti à des gens qui ont leur monde introverti. La somme des mondes introvertis, c’est la société. La société, c’est le monde des hommes. Le monde des hommes n’appartient qu’aux hommes. Si tout se perpétue ou si tout disparait, ça n’est que le problème de l’homme.»

 

Les différents acteurs

 

Les musiciens

«Les musiciens représentent les gens de la société. Je leur demande de participer à un effort collectif. Chaque musicien est isolé, mais doit fournir un matériel musical, sans entendre en quoi il sera utile. Mais le musicien est confiant en son utilité, car il est fier de participer à cette aventure collective culturelle. Ils sont les mains de la musique. Chaque musicien est chez lui avec une carte son, un micro, et une connexion internet. Il reçoit des ordres, et les exécute avec plaisir, car il se sent utile à une cause plus grande que lui.»

 

Le chef d'orchestre

«Le chef d’orchestre représente ceux qui demande et obtiennent des gens se pourquoi ils travaillent. Un politicien, un chef d’entreprise. Il commande aux musicien du matériel sonore brut, et le transmet à celui qui en fera la transformation en produit fini. Il est le chaînon qui unit les mains et la tête. Il donne les ordres aux musiciens, pour recevoir les matériaux brut, et les transmet au sound designer, qui en fera un produit fini. Il est un passeur de matériaux, un intermédiaire dont les musiciens ont besoin pour se faire entendre, et dont le sound designer a besoin pour finaliser son œuvre.»

 

Le sound designer

«Le sound designer reçoit des matériaux brut et les transforme en produit à consommer. Il crée l’œuvre à partir de la matière première qu’on lui a acheminé. Il est le cerveau. Il reçoit le matériel brut et crée une œuvre originale qui a des propriétés bien plus large que l’addition des propriétés des matériaux bruts. Il crée le sens, la raison qui persuade le chef d’orchestre et les musiciens de lui donner de quoi travailler.»

 

Concept

«Il s'agit de composer une œuvre sonore qui soit le résultat d’actions décomposées et recomposées. La musique du climat sur Terre est créée par des musiciens qui transmettront des sons symboliques de la création terrestre, avec des objets de tous les jours. Avec tous ces sons, on crée la musique du monde, le climat dans lequel l’homme pourra apparaître et faire son œuvre. Le climat actuel est un climat adapté à l’apparition et au développement de l’homme. On en profite, sans savoir en quoi et de quelle manière il est réglé exactement. Une fois le climat posé, l’homme pourra apparaitre et se développer…» Cela représente le rôle de chacun dans l'évolution de nos sociétés. Tout le monde est acteur, mais personne n’est responsable. Tout le monde voit le danger, mais tout le monde profite trop de ce que cela lui apporte individuellement pour le refuser, sans savoir à l’avance quelle sera la solution de remplacement. Tout le système tient parce que chacun est un bout de la chaîne. La chaîne existe parce que chacun est un maillon. Sans chaîne, pas de maillons. Sans maillons, pas de chaîne. L’homme est un animal social qui s’adapte, et donc il lui est très difficile de se retirer du monde, si le monde ne lui convient pas. Et le monde n’aime pas ceux qui s’en retirent. Cela ne se produit pas sans conséquences pour celui qui part. Il en est de même pour les musiciens qui participent au spectacle.»

L’analogie avec le changement climatique est que tout le monde le connait, tout le monde sait quel rôle il joue, en partie, mais personne ne change rien. Le confort est la cause du changement climatique, mais il est aussi le but de notre mode de vie. On ne peut changer un but qui dépasse notre entendement et dont nous ne sommes que les passeurs. On ne peut pas sciemment offrir un monde moins confortable à nos enfants. On ne peut nier ce qui nous a amené où l’on est et ce qu’on nous a charger de faire perdurer. De plus, l’effet du changement climatique est trop lent – à notre échelle – pour qu’il nous mette dans l’inconfort, donc on ne change pas nos comportements. Au mieux on change l’image (green washing), mais pas le fond. Le fond, c’est le nœud. Le nœud est inextricable. A chaque fois qu’on tire d’un côté, un autre se tend plus. On se rassure en pensant que si on change notre perception, on change le fond. Mais le fond n’est pas la perception qu’on en a. Il est lui-même. Il est le fond. Quand on aura toucher ce fond…on pourra remonter.

 

Progression thématique

 

1. Création du climat

 

2. Apparition de l'homme

«L’homme apparait dans la nature. Il découvre qui il est, et dans quel cadre il va devoir survivre. Il doit être humble. Il ne peut compter que sur lui-même. Tout est danger potentiel, mais tout est aussi source de développement. Première rencontre et mise en commun d’une expérience. On crée à deux ce qu’on ne peut faire seul.»

 

3. Progrès techniques, accession à l’industrie, confrontation avec les limites

«L’homme se développe sur toute la Terre. Il s’organise en communautés complexes et différentes. Les progrès politiques l’amènent à des progrès techniques. Il invente des outils, qui lui servent à créer d’autres outils. C’est le début de l’ère industrielle. La Terre parait sans limite. L’homme, qui domine la Terre en tant que race, croit aussi être sans limite.»

«L’homme essaie tout. Il comprend que son salut dépend de l’état de son cadre de vie, mais en même temps il développe une société ou chacun est responsable de lui-même. La consommation finance tout, et donc il est impératif qu’on ne pense plus en tant que groupe ou de race, mais en tant qu’individu. Le cadre dans lequel évolue l’homme n’est pas pris en compte dans le développement de la civilisation. Plus vite, plus haut, plus fort.»

«Les individus ne sont plus capables de s’arrêter, et le système est fait pour qu’on en voit plus les bords. Chacun a un bord, chacun construit son monde. Les riches veulent être plus riches. La société de winner écrase la société de partage. L’homme génère des réactions inattendues de son environnement, qui s’emballe, qui se robotise, qui devient artificiel, qui se retourne même contre lui. Chaos total semblable au Chaos originel de la création de la Terre, mais qui n’est pas créatif. L’homme court à sa perte, et emmène le monde avec lui.»

 

4. Vie post-industrielle

«L’homme doit s’inventer un nouveau mode de vie, après l’échec du dernier. Choisir une qualité de vie. Assumer d’avoir moins, mais vivre mieux avec. Retour à la collaboration. Retour au communautarisme spontané. Pourtant l’homme doit assumer encore longtemps le mode de vie des générations précédentes. L’homme est là avec son histoire, ses clones, ses OGM, et tout son monde artificiel qui fonctionne encore. Pour autant, il n’a pas avancé, et doit repartir à zéro, en supportant les conséquences de son passé.»

 

5. Mise en perspective de la grandeur de l’humanité par rapport à l’univers

«L’homme et la musique de la Terre ne sont rien dans l’immensité abyssale de l’univers. L’homme a besoin de son cadre pour vivre. Le cadre n’a pas besoin de l’homme pour être défini. Le cadre est. L’homme doit accepter qu’il est dans le cadre, et non le cadre. Tout doit se vivre avec importance, mais rien ne doit être considéré comme perpétuel. Le courant de l’énergie peut être tiré à tout moment. Tout a une fin, et l’énergie créatrice doit être mise au service du changement, et non du conservatisme de valeurs artificielles.»

 

 

 

 

 

 

 

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