La création Mors et Vita pour quatuor à cordes

 

La création se base sur la séquence grégorienne Victimae paschali laudes, dont le texte se présente en deux parties. La première exprime le paradoxe de la rédemption par le sacrifice de l'agneau, Victime pascale. Dans l'affrontement de la vie et de la mort, c'est par la Mort du Christ sur la croix que l'humanité accède à la réconciliation et à la Vie. Dans la deuxième partie, Marie de Magdala, pressée de questions, nous livre son émouvant témoignage : le tombeau vide, le suaire et les vêtements, l'apparition de l'ange, la gloire du Ressuscité. La conclusion, faite de certitude quant à la résurrection, mais loin de tout triomphalisme, invite le Roi vainqueur de la Mort à prendre l'humanité en pitié.

 

Structure de la composition

 

Ce quatuor en deux mouvements reflète à la fois le sens du texte et la thématique musicale de la séquence grégorienne, combinant l'emploi de la polymodalité et de l'atonalité. Elément omniprésent, l'accord majeur-mineur illustre le paradoxe Mors et Vita.

 

Premier mouvement

 

I. Incantatio

Le rythme incantatoire en 15/8 (8+7) est directement tiré de la structure syllabique du texte de la première strophe. Le thème grégorien, d'abord sous-jacent dans un contrepoint archaïque, finit par s'imposer à la danse du sacrifice.

 

II. Victima

Apparition de la victime expiatoire : le thème, écartelé, est ornementé de variations sur les premières notes de la deuxième strophe, prémonition du thème mors et vita duello.

 

III. SacrificiumUn roulement de tambour (joué col legno) annonce l'exécution du sacrifice. La musique qui était jusque-là polymodale verse dans l'atonalité. Le combat de la Vie et de la Mort est illustré par un développement sériel. Dans la dernière section, une double série et son miroir chantent simultanément le Guide de la vie qui, bien que mort, règne vivant.

 

Second mouvement

 

IV. Testimonium

Au questionnement du violoncelle répond le solo de l'alto, passant progressivement de l'effroi devant le sépulcre vide au débordement de joie face à la résurrection. Dans une liberté tonale marquée toutefois par une atonalité rampante, la musique s'achemine vers la lumière.

 

V. ResurrectioFugato combinant le thème du témoignage (entièrement transformé) et celui du Guide de la vie, cette danse de joie en quintolets s'impose comme réponse à la danse incantatoire initiale.

 

VI. InvitatioSur la certitude de la résurrection, le temps n'a plus de prise. Le thème de la dernière strophe résonne enfin dans son intégralité, mais Al tempo dell'eternità, invitant à la méditation sur ce mystère éternel.

 

 

 

Le compositeur Michel Rosset

 

Né à Fribourg en 1956, Michel Rosset est hautboïste à l’Orchestre Symphonique de St-Gall. De 2007 à 2012, il a été professeur de musique de chambre à la HEM de Genève, site de Neuchâtel. A côté de ses engagements à l’orchestre, en musique de chambre et comme soliste, il se consacre également à la recherche de répertoire pour le hautbois et le cor anglais. Membre de l'Association Raffaele d'Alessandro, il participe activement à la publication de l'œuvre de ce compositeur suisse du XXe siècle. Depuis quelques années, la composition prend également une place de plus en plus importante dans son activité musicale : pièces pour quintette à vents, pour orgue, pour diverses formations chorales, pour quatuor à cordes et dernièrement, le Díptico de Juan de la Cruz, commande du Festival International de Musiques Sacrées, créé par l'ensemble vocal allemand Singer Pur en juillet 2012 à Fribourg. « Mon parcours de compositeur est plutôt atypique, confie Michel Rosset, puisqu'il ne commence qu'en 2004 et que je n'ai été l'élève d'aucun grand maître ni lauréat d'aucune institution prestigieuse. On m'a souvent demandé avec étonnement où et chez qui j'avais appris la composition. Demande-t-on à un romancier chez quel écrivain célèbre il a appris son métier ? À l'école et par la lecture, bien évidemment !... De même, j'ai fait mes classes de contrepoint et d'harmonie aux conservatoires de Lausanne et de Berne où Theo Hirsbrunner m'a inoculé le virus de l'analyse musicale qui m'a permis de débroussailler d'innombrables partitions. Pour le reste, la part instinctive du processus de composition est bien présente. Je me considère simplement comme un musicien dont l'une des activités est la composition, au même titre que les musiciens d'autrefois ou, aujourd'hui, ceux du monde du jazz. »

 

Quatuor sine nomine

 

Fondé à Lausanne, le Quatuor Sine Nomine est formé depuis 1982 de Patrick Genet et François Gottraux, violons, Nicolas Pache, alto, et Marc Jaermann, violoncelle. En 1985, il remporte le Premier Grand Prix du Concours international d’Évian ainsi que le Prix du Jury de la Presse. En 1987, il est lauréat du premier Concours Borciani à Reggio Emilia. Depuis lors, le Quatuor Sine Nomine se produit régulièrement dans les principales villes d’Europe et d’Amérique, ainsi que lors de grands festivals européens.

 

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